Clément Coeurdeuil et Romain Bignon les cofondateurs de Budgea ont répondu à nos questions. 

D’où est venue l’idée de créer Budget Insight ?

La création de Budget Insight est partie d’une impulsion commune nous avions, chacun de notre côté, envie de développer une application permettant aux particuliers de gérer leur argent. Nous estimions que les banques ne répondaient pas efficacement aux besoins des consommateurs : qu’on soit multi-bancarisé ou mono-bancarisé, il n’y avait pas de manière fluide et simple de gérer ses finances. Nous voulions aider les particuliers à avoir une gestion optimisée de leur argent et surtout à avoir une vision sur celui-ci. Nous avons donc décidé, ensemble, de lancer une application B2C, Budgea, une application de gestion de finances personnelles. Nous avons lancé notre application juste après celles de Bankin’ et Linxo, dans un premier temps sur le web, ensuite sur mobile, qui a connu très rapidement du succès : environ 50.000 téléchargements, des dizaines de milliers d’utilisateurs. Au bout d’un an, nous nous sommes retrouvés avec une quantités importante de données utilisateurs. Mais nous n’avions pas de finance (pas de levées de fonds), ni de business model car l’application était gratuite. Parallèlement, nous nous sommes faits approcher par différents acteurs notamment les banques, assureurs et fintech, qui voulaient qu’on intègre notre technologie dans leurs applications i.e. leur proposer nos services en marque blanche. C’est là que nous avons compris quel serait notre business model : proposer notre technologie en marque blanche à d’autres acteurs, qui peuvent apporter une valeur ajoutée à leur métier en utilisant nos services. Nous faisons du service, notre API est ouverte, et nous louons son accès à nos clients, qui seront facturés au nombre de compte bancaires rapatriés. Depuis un an, nous fournissons notre API en “outsourçant” la partie front-office, ce qui nous permet de ne pas porter le coût et l’animation des équipes front-office, même si on en a l’expertise.

Budgea est donc le nom de l’application B2C et API Budgea est commercialisée en plusieurs déclinaisons (Api Budgea Bank pour les relevés bancaires,API Budgea Bill pour les factures, API Budgea Wealth pour le patrimoine (comptes titres, assurance vie..)

Ces API vont récupérer l’info des relevés de banques ?

Fondalement oui. Il y a un mois, nous avons intégré la partie transactionnelle, (paiement) : exécution de virement SEPA à partir de la banque. Mais ceci concerne l’API Budgea Bank. Budgea Wealth concerne tous les comptes épargne et les détails des comptes épargne (l’assurance vie, les unités de comptes, le prix moyen d’achat, le code d’usine du titre). Avec Budgea Bill, on agrège aussi les factures du style EDF, services télécoms et autres services administratifs (les impôts,).

Comment ça marche ?

Les utilisateurs vont renseigner les infos de tous les comptes qu’ils détiennent (login,…) et nous allons apparier le prélèvement EDF avec la facture EDF et faire le rapprochement entre les deux à travers une combinaison de certains critères. Nous sommes la boite à outil de tous ceux qu’ils désirent faire le métier de la banque sans en être une : l’utilisateur peut payer, se faire payer, consulter ses comptes, gérer son épargne, acheter des produits d’assurance à partir d’une plateforme sans que celle-ci ne soit une banque. C’est un outil de désintermédiation puissant et nous voudrions occuper toute la chaîne de valeur. On a pour objectif la fluidité et l’ergonomie de l’expérience utilisateurs. Nous nous positionnons du point de vue de l’utilisateur, qui va demander ses comptes de paiements, d’épargne et autres au même endroit : le concept de banque universelle. Dans un sens nous sommes très opportunistes puisque nous développons un ensemble d’API pour le client aspirant à plus de simplicité et fluidité. La demande guide notre offre.

Existe-t-il une version sur Linux ?

Non, pour le moment notre API existe sur Android et iOS, web et mobile. Mais nous évoluons doucement sur la version web car les usages sont devenus un peu plus mobiles et d’un point de vue technique, c’est plus facile de faire évoluer les applications sur mobile.

Quels sont vos types de clients ?

Sur l’application, nous avons assez peu de professionnels, en revanche sur l’API, nous dépassons plus de 50.000 entreprises connectées à notre système (API banques). Le service de facture est encore une initiative neuve, donc nous avons moins de trafic dessus.

Nous avons plus de 60 partenaires : des logiciels de comptabilités, de trésorerie, des experts comptables dont plusieurs font partie des plus gros experts comptables de France (Soregor, l-expert-comptable.com etc.)

En quoi votre application leur est utile ?

Plus qu’utile, notre application leur est indispensable, car pour pouvoir faire de la comptabilité vous avez besoins des données. Avant ils utilisaient EBICS (Electronic Banking Internet Communication Standard), un protocole de communication sécurisé permettant l’échange de fichiers entre des clients et des établissements bancaires, pourtant ce protocole engendre des soucis de coûts (EBICS est cher) mais aussi d’exhaustivité car toutes les banques n’utilisent pas EBICS. Il existe également un coût d’installation.

Par contre, notre application va rapatrier toutes les données de comptes de l’entreprise, donnant ainsi à l’expert-comptable l’historique des données (minimum de 45 jours, parfois plusieurs années) lui permettant d’entamer son travail.

Qu’en est-il de la problématique de l’authentification (forte) ?

Quand il s’agit du paiement, l’authentification forte n’est pas un problème. Le paiement est un acte “violent”, il n’est donc pas surprenant que l’utilisateur doive être “derrière” le device pour valider la réalisation du paiement. Toute authentification forte opérée dans le cadre d’un paiement avec le client “derrière” n’est pas un problème.

Le gros sujet de la lecture de nos services d’agrégation de comptes bancaires est que le plus souvent, nous récupérons la donnée sans que l’utilisateur ne soit derrière, il attend de nous, qu’on lui “pousse” l’information pour qu’elle puisse être traitée et qu’on puisse opérer nos services avant qu’il ne demande d’avoir accès à ces services, mais l’authentification forte nous empêche de récupérer cette donnée avant qu’on ne le lui demande.

Qu’en est-il de Bitcoin ?

Nous n’avons pas de demande pour le moment, mais si un jour nous recevons un niveau de demande considérable, nous serons en mesure de proposer un tel service. A un niveau de demande important on le fera.

Quelle est votre position sur les Instant Payments ?

Notre fluidité actuelle sur le virement est déjà “agréable”, et si demain nous pouvons ajouter un bénéficiaire et payer instantanément, on pourra changer la donne et remplacer la “galère de la mise en place des prélèvements”.

Ce n’est donc pas une question d’interface, les systèmes d’implémentation de votre côté ne sont-ils pas différents ?

C’est sans incidence pour nous, car nous sommes du côté de l’utilisateur. Nous nous “pluguons” simplement sur les outils des banques, indépendamment du fait qu’elles proposent des services rapides ou pas. Nous ne sommes qu’une couche et agrégeons.

Par rapport à Linxo et Bankin’, où vous situez vous ?

Nous offrons une boîte à outils permettant à nos clients d’offrir différents services, En somme Bankin’, du fait de son positionnement B2C, pourrait bien être notre client. Nous aurions pu lui fournir l’agrégation qu’ils ont développé en interne. Linxo serait plutôt placée entre nous deux, elle fournit aux banques en marque blanche, précisément sur les grands comptes quand nous nous adressons aux grands et aussi aux petits comptes.

Quelles sont vos relations avec les banques ?

Nous avons fait une joint-venture avec SwissLife, mais on travaille aussi avec plusieurs banques (ING, BNP France et une banque au Luxembourg) et à chaque fois c’est pour faire de l’API. Nous travaillons aussi avec des acteurs aux Portugal, et nous allons profiter des API ouvertes en Angleterre pour intégrer des acteurs là-bas.

Mis à part le service de virement, y a-t-il d’autres offres ?

Nous avons lancé notre offre de virement en beta il y a un mois, et le lancement officiel devrait se faire au terme du premier trimestre 2017 et nous permettrons à nos partenaires de commercialiser cette offre. Mais pour l’instant, nous y travaillons avec eux afin de stabliser notre API en termes de normes, de sécurité (failles) mais aussi de s’assurer que l’utilisateur est bien à l’origine de l’initiation de l’ordre de virement.

Nous étoffons surtout notre couverture, car pour l’instant nous n’avons que 8 banques, pour lesquelles nous avons la gestion des virements. Nous souhaitons étendre ce service à l’ensemble des établissements que nous gérons. Nous souhaitons nous étendre d’un point de vue européen et notamment ouvrir une structure au Luxembourg qui sera un tremplin pour le marché européen.

Des opérations de levées de fonds en vue ?

Nous avions fait une “mini-levée” de fonds avec un Business Angel, de 50.000 euros, mais nous avons racheté ses parts par la suite. Nos employés, et nous, sommes les seuls actionnaires de la société et nous n’en cherchons pas d’autres même si nous sommes sollicités.

Vous allez devenir prestataire de service (PSIC), est-ce que le fait de devenir un établissement agréé vous inquiète ?

Dans un premier temps, on est content que la DSP 2 reconnaisse notre existence, mais nous sommes aussi conscients des implications qu’elle mentionne. Pour devenir un établissement régulé peut se révéler contraignant alors qu’avant nous avions juste la légitimité de l’utilisateur. C’était le principe de “tout ce qui n’est pas interdit est autorisé”.

On profitait du flou juridique mais maintenant les limites vont être plus clairement posées, c’est ça la difficulté.

 

Extrait du NDP n°163-164

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